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Manoel de Oliveira (2) Party

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  La délicatesse des désirs croisés Par le jeu des hasards, deux films se sont en effet croisés sur les écrans nocturnes du mois de mars : «  Party  » du cinéaste portugais est venu fracasser «  Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait  » d’Emmanuel Mouret. Vingt années d’écart entre les deux environnements amoureux et sensuels et des centaines d’années d’écart dans la mise en scène des sentiments. Tant d’écarts physiques entre les voix de violoncelles de Michel Piccoli et Irene Papas, face aux yeux doux de Camélia Jordana et à la compassion surannée de Niels Schneider et le bloc de détermination d’Emilie Duquesne à qui la programmation, quelques jours après sa précoce disparition, rendait hommage, dans toute son étendue physique.   Les commentaires sont clairs et clairement opposés : «  Dans une œuvre aussi littéraire et délicieusement verbeuse que celle de Manoel de Oliveira, Party fait figure de prototype : une heure et...

Manoel de Oliveira (1) Je me souviens du Roi se meurt

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  Je rentre à la maison L’impression que, tout soudain, un film s’adressait directement à moi. Pas seulement à moi, spectateur, mais à mon MOI construit de souvenirs qui s’éparpillent, mais que je dois rassembler. Manoel de Oliveira a fait - fort opportunément - l’objet d’une présentation sur la chaîne Arte de quatre films créés au tournant du siècle dernier vers un nouveau millénaire. En commençant par un extrait de la représentation théâtrale d’une pièce qui est si longtemps restée à l’affiche, que le titre est en quelque sorte resté imprimé sur mon front.  1962, au Théâtre de l’Alliancefrançaise , les spectateurs parisiens découvrent «  Le Roi se meurt  » d’ Eugène Ionesco . Dès le début du film, Michel Piccoli, vacille comme un clown décati, face à Catherine Deneuve éblouissante.  Il tente de garder sa couronne, après qu’un air d’orgue de barbarie ait accompagné la liste des acteurs et des responsables d’une mise en scène en partie double.  Im...

Je me souviens de Léo Noël, de Barbara et de l’Ecluse

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  La mémoire fonctionne à base de Flashs. Celui-ci ne me semble pas seulement dû au fait que je suis de retour à Paris. Pourtant, c’est ce que je voudrais croire. C’est comme si je jouais à pile ou face en fonction des lieux où je me trouve. Depuis le mois d’avril, j’accumule des noms de personnes, d’événements ou de sites sans me résoudre à en choisir un en particulier. Comme si la visite mémorielle du parc de Chèvreloup avait occulté toute autre accroche, en occupant un horizon référentiel : la sauvegarde de mon passé de botaniste. Et cet horizon miraculeux de l’écriture, devenu hors de portée pour des semaines, est resté inatteignable jusqu’au moment où mon attachement à la montagne et au Lac de Genève a cessé par un déménagement complet de tous les meubles et les objets qui me rattachent encore à trois générations passées. Une cohabitation en forme d’adieu partiel, sans réelle douleur, ou alors seulement avec une douleur invisible et paradoxalement consolatrice. I...

Je me souviens des matinées dans le Parc de Chèvreloup

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  Vue de l'arboretum de Chèvreloup  © MNHN - S. Gerbault En inaugurant cet espace de mémoire, je me suis persuadé qu’il ne pouvait y avoir que des hasards heureux. Un mail est arrivé récemment dans ma boîte, me conduisant vers un lien qui a réveillé ma sensibilité de botaniste. Il était signé de l’ «  Arboretum Versailles – Chèvreloup - Museum National d’Histoire Naturelle  ».   Je suppose que pour tous ceux qui ne connaissent pas ce parc, le nom pourra prêter à sourire et à se replonger dans une ambiance enfantine. Une chèvre courageuse et un loup affamé et obstiné risquent de réapparaître. Ce double intitulé a en effet tout de la fable. Et en ce qui me concerne, je dois y ajouter d’autres protagonistes familiers des fables : des milliers de lapins courant dans les prés et les sous-bois, sans se soucier de ma présence, ni de celle d'autres prédateurs potentiels ! Si le nom a rejoint, depuis la fin des années soixante-dix du siècle précédent, une couc...